Jean Constantin, vétérinaire, et Catherine Bodet à Moquet

Jean Bodet l’aîné meurt en 1788, sa veuve Françoise Brunet continuera encore quelques années à gérer la propriété, comme nous l’avons vu plus haut avec l’échange de parcelles entre elle et Léonard Paillard (en savoir plus).

Nous ne savons pas la date de sa mort. Mais sa fille Catherine épouse en 1790 Jean Constantin le vétérinaire et le couple habite Moquet (voir ici). Il en possède une grande partie qu’il léguera plus tard au couple Jacques Constantin et Catherine Génie Frichou. À compter donc de cette période, Moquet passe « sous pavillon Constantin ». Mais on peut dire également que Moquet reste encore « Bodet » jusqu’au décès de Catherine en 1833 : cela fait donc à cette date plus d’un siècle et demi que les Bodet y sont présents, depuis au moins le couple René Bodet et Guillemette Dalanson (voir ici).

Nous ne savons pas grand-chose sur Jean Constantin ni sur son épouse Catherine Bodet. Jean est impliqué dans les affaires de la commune, puisqu’on le trouve adjoint au maire en 1797 et qu’il l’est encore en 1818 au moment de sa mort, comme on peut le lire sur son acte de décès. Le couple n’a pas de descendance et ils feront l’un et l’autre donation de tous leurs biens à leur neveu et nièce respectifs : Jacques Constantin et Catherine Génie Frichou à l’occasion du mariage de ces derniers (leur contrat de mariage en indique les modalités). Il faut noter que Catherine Génie Frichou, fille de Pierre et de Marie Bodet, était orpheline de mère à l’âge de trois ans (et sa sœur aînée n’en avait que onze) et qu’elle demeurait à Moquet avec sa tante. Sans doute avait-elle été recueillie par sa tante Catherine Bodet et élevée par elle.

Archives de la Charente, minutes Bourdier 1817, 2 E 11309

Ce couple Jean Constantin le vétérinaire et Catherine Bodet était manifestement aisé, pour ne pas dire plus. En effet, dans leur testament, ils cèdent près de 4 000 francs, ce qui n’est pas rien à l’époque, à différents légataires nièces et neveux, en plus de tout le reste à Jacques le médecin et à Catherine. À vrai dire, Jean fait d’abord un testament le 1er avril 1817, ils doteront ensuite leurs nièce et neveu dans leur contrat de mariage le 1er août et referont leurs testaments en conséquence le 9 août 1817. Jean décède le 12 mars 1818, son épouse lui survivra une quinzaine d’années puisqu’elle meurt à son tour en 1833. Nul doute qu’elle a continué d’habiter Moquet avec ses neveux et nièces et les enfants de ces derniers déjà au nombre de huit quand Catherine meurt, à l’âge de 71 ans.

Le 20 septembre 1798, Jean se trouve devant le juge de paix de Chalais, cité par Catherine Bonnet, veuve de François Saint Loup ancien meunier au moulin de Roche, et Jean Berton lui aussi meunier. Il se trouve que Jean Constantin avait permis au « citoyen Hillairet », de Sérignac, de récolter le regain (« le revivre ou seconde herbe ») sur une parcelle qui lui appartenait, et que, pour ce faire, Hillairet était passé avec sa charrette et ses bœufs sur une parcelle limitrophe et en friche appartenant aux plaignants. Quinze francs de dommages et intérêts sont demandés. Constantin prend fait et cause pour Hillairet, et les parties allaient plaider. « Mais craignant l’avènement d’un procès, elles se sont aujourd’hui assemblées avec leurs amis communs et ont convenu que ledit Constantin pour aller et venir à ces dites pièces de pré aura son passage au canton appelé de l’Argentonne » ; suivent les diverses dispositions de ce droit de passage.

Archives personnelles

En 1808, Jean Constantin assigne François Bouny, de Bodinot, devant le juge de paix de Chalais. En effet, sur une parcelle de bois situé à Fort du Bodet et lui appartenant, ledit Bouny et depuis deux mois au moins a pris un cent de fagots et environ trois cents pillots de litière. Faute de « réintégrer le sieur requérant dans sa possession d’ici lundi », ce dernier le poursuivra avec demande de dommages et intérêts. On ne sait pas comment s’est terminée cette affaire, seule la signification par huissier est parvenue jusqu’à nous ; mais comme pour l’affaire précédente, il est fort possible que la seule menace du procès ait suffi à éteindre l’action et à trouver un compromis.

Tout n’est pas conflictuel cependant, pour autant d’ailleurs que ce qui précède le soit vraiment …

En 1803, Jean Constantin et sa femme Marie Bodet procèdent à un échange avec Jean Chadefaud, meunier, et Jeanne Saint-Loup, du moulin de Roche. Il s’agit très probablement de parents de Françoise Bonnet, veuve de François Saint Loup, évoquée plus haut. Les Constantin cèdent aux Chadefaud quelques pièces de terre du côté du moulin ; en échange ils acquièrent une pièce de pré et une autre de terre « où il y a un rang de treille » à l’Argentonne.

En 1812, autre échange avec Pierre Priou cette fois, habitant lui aussi à Moquet. Il ne s’agit que de petites pièces de pré, mais cela permet de modifier des droits de passage. L’acte mentionne ainsi : « en outre, ledit Priou a reconnu ne point avoir droit de passage sur un pré dudit Constantin situé au même lieu pour aller et venir à sa pièce de terre appelée au Bois des Moquets [sous Paillard]attendu qu’ils aboutissent au chemin. Et ledit Constantin de son côté a aussi reconnu ne point avoir droit de passer sur la pièce de terre dudit Priou appelée sur les terriers, attendu que celle dudit Constantin au-dessus se trouve joindre le chemin qui conduit de chez Moquet au canton de la Feuilleterie et qu’il y peut pratiquer un passage. Il a été reconnu de plus que ledit Constantin a le droit après la fauche du regain d’abreuver ses bestiaux audit lavoir de chez Moquet et d’y prendre de l’eau et de la conduire avec une charrette jusqu’à ce qu’il y ait de l’eau au chemin qui conduit de la Planche au bois de Moquet. Il a été reconnu qu’il a le droit de laver sa lessive et son linge particulier au lavoir en passant dans la terre (prohibée ?) par le sentier qui avoisine le bâtiment de chez Paillard. S’il arrivait que le pré dudit Priou vienne à manquer d’eau, il aurait le droit d’abreuver ses bestiaux à la Fontaine ou trou dudit Constantin situé au-dessus du terrain qu’il a acquis de François Foucaud. »

Archives de la Charente, minutes Bourdier 1812, 2 E 11306

Il faudra plusieurs actes d’achat, mais cela fait l’objet d’un autre article, pour que la famille Constantin achète successivement les cinq cinquièmes « d’une chambre et d’un jardin ». Ce dernier cas montre bien en tout cas l’extrême morcellement des propriétés à l’époque, y compris dans les maisons d’habitation, et les efforts qu’il a fallu fournir pour les réunir. Il reviendra désormais à Jacques Constantin, le neveu de Jean le vétérinaire, puis à Prosper Thomas son gendre, de continuer ce patient travail.

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