Une petite chambre rachetée par cinquièmes successifs !

Pour illustrer l’extrême morcellement de Moquet, y compris dans ses bâtiments d’habitation, j’expose ici comment il a fallu racheter par au moins cinq actes successifs la propriété d’une petite pièce d’à peine quelques mètres carrés1

L’année 1782, Jean Fillatreau loue à son beau-père Gabriel Ollivier deux petites chambres (on employait à l’époque ce terme de chambre pour désigner n’importe quelle pièce à vivre). Il s’agit « deux petites chambres situées audit village des Moquet avec un petit jardin à prendre le long du chemin qui conduit de la croix de la Broue au pont Tamisé, et jusqu’à six pieds en dessous d’un prunier qui est dans le dit jardin », Fillatreau se réservant le reste du jardin. Plus deux autres petites pièces de terre qui confrontent à Jean Bodet de chez Moquet et à un petit chemin de service. Cette ferme est faite pour sept années, pour « une somme annuelle de 14 livres et 15 sols et deux charetées de foin de bête asine évaluées à 5 livres, et payable chaque année à la st Michel ». Jean Fillatreau s’engage à faire crépir la chambre qui recevra le châlit et à hauteur de celui-ci et de mettre un plancher à joints carrés. Difficile, faute de cadastre à cette époque, de savoir exactement où se situaient ces deux petites chambres, d’autant que le prunier a disparu depuis lors ! Mais comme elles sont situées le long du chemin qui va de la Broue au Pont Tamisé et qu’elles ne peuvent se situer à l’Ouest de ce chemin, car les grandes pièces et la grange appartenaient à Priou, il faut bien que ce soit à l’Est, c’est-à-dire à gauche quand on va vers la Broue. Il semblerait donc qu’il s’agisse des deux petites pièces derrière la vieille grange.

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L’une de ces deux pièces, qui mesure au moins trois mètres sur deux… va être achetée par Jean puis par Jacques Constantin son neveu par cinquièmes voire par quinzièmes !

Premier achat : le 7 octobre 1816, Jean Constantin qui est vétérinaire à Moquet achète pour soixante francs à Jean Fillatreau, demeurant alors à l’hôpital de Chalais, « la cinquième partie lui revenant dans une chambre et un jardin qu’il a eu de la succession de Jean Fillatreau son frère située chez Moquet en ladite commune de Rioux-Martin » ; « Dans la présente vente est compris le cinquième du mobilier revenant audit Filhatreau dans la succession de son dit frère ». Cette cinquième partie est grevée d’une jouissance au bénéfice de Françoise Ollivier, la veuve de Jean Fillatreau, jusqu’à son décès. Cette Françoise est la fille de Gabriel Olllivier mentionné ci-dessus qui avait loué deux chambres.

Deuxième acte : le 27 décembre de la même année, le même Jean Constantin fait un échange avec un autre Jean Fillatreau, mais cette fois il s’agit d’un neveu de l’ancien propriétaire. Par cet échange, Jean Constantin acquiert « la quinzième partie d’une petite chambre et petit jardin en dépendant venant de la succession de Jean Filhatrau, oncle du contractant, de laquelle il ne pourra s’emparer qu’après le décès de Françoise Ollivier sa veuve ». Cette fois, ce n’est plus un cinquième, mais le quinzième de ces quelques six m²… et ce n’est pas une erreur, c’est bien écrit en toutes lettres.

Troisième étape : le 18 mai 1817, Jean Constantin achète à un autre Jean Filhatreau habitant la Broue « la cinquième partie lui revenant dans les biens mobiliers et immobiliers à lui échue de la succession de autre Jean Filhatreau son oncle, les immeubles consistant en bâtiments et jardin situés au village de chez Moquet en ladite commune de Rioux-Martin ». Françoise Ollivier garde également la jouissance sa vie durant de ce cinquième.

Quatrième achat : le 2 février 1818, par un échange une fois encore, Jean Constantin achète à deux frères Fillatreau « la cinquième partie leur revenant dans une maison et jardin qu’ils ont de la succession de autre Jean Filliatreau leur oncle, compris la cinquième partie du mobilier de cette succession ». Jean Constantin décède le 12 mars 1818 à l’âge de soixante ans : il faut cependant terminer cette affaire !

Cinquième transaction sous la forme d’un échange : le 9 avril 1818, elle est faite cette fois entre Jean Priou et ensemble par la veuve de Jean, Catherine Bodet, Jacques Constantin et sa femme Catherine Frichou. Dans l’échange, on trouve « la cinquième partie d’une chambre et jardin acquise par ledit Priou du nommé Bagouet ». C’est le 5 octobre 1816 que Jean Priou avait acheté ce cinquième aux enfants Bagouet, petits neveux de l’ancien propriétaire Jean Fillatreau. Pourquoi Priou avait-il acheté ce cinquième ? On notera que le premier achat par Constantin, évoqué plus haut, date du 7 octobre 1816, soit deux jours après cette acquisition par Priou : y avait-il concurrence entre eux pour acheter cette fameuse pièce ? On ne saura sans doute jamais.

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Ce Jean Fillatreau est né en 1746 et il est décédé sans héritier en 1794 à 47 ans. Sa veuve, Françoise Ollivier meurt en 1821 et ce n’est donc que cette année là que les nouveaux propriétaires, les Constantin, pourront jouir de ces cinquièmes et quinzièmes de cette chambre. Difficile de déterminer avec précision quels sont les Jean Fillatreau héritiers : ce Jean Fillatreau avait six frères, tous prénommés Jean ! Dans les douze neveux répertoriés, dix se prénomment Jean…

Si nous faisons donc le compte, nous avons quatre acquisitions d’un cinquième plus l’acquisition d’un quinzième de cette petite chambre. Il manque donc encore quatorze quinzièmes… la recherche continue !

  1. Illustration d’en-tête : Anonyme, CC0 Paris Musées / Carnavalet ↩︎

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