Jacques Constantin, médecin mais aussi agriculteur
En même temps que son activité de médecin, Jacques Constantin gère le domaine et va continuer, comme ses prédécesseurs, à procéder à des échanges, des achats, des ventes. Pour avoir consulté nombre d’actes notariés de l’époque, je constate que continuellement les parcelles s’échangent, se vendent et s’achètent : constamment on cherche à regrouper, tant le parcellaire est éclaté au gré des successions.
Mais Jacques manifestement ne se contente pas de cultiver comme avant, il semble qu’il cherche à rationaliser, à innover. On trouve dans les Annales de la Société d’Agriculture, Arts et Commerce de la Charente (1er janvier 1839, p. 107), à l’occasion du Comice agricole de 1839 la recension suivante : « Au domicile de M. Constantin, le jury a parcouru une propriété en parfait état de culture, les prés très bien soignés, soit au moyen de transports de terreaux, soit par un système d’irrigation savamment combiné, donnent de beaux produits. On ne saurait trop accorder d’éloges à M. Constantin, qui rend un véritable service à la contrée, en prouvant par les faits qu’une bonne culture basée sur l’expérience peut doubler les produits d’une terre de quelque nature qu’elle soit »1.

Le 9 avril 1818 a lieu un échange entre Jacques Constantin, sa tante Catherine Bodet veuve de Jean Constantin, et Jean Priou demeurant aussi à Moquet. Les Constantin cèdent à Jean Priou une petite pièce de pré appelée au champ du lavoir, et une pièce de terre à « la Bernaude », le tout totalisant 8 ares et 63 centiares… Le tout vient de la succession de Jean Bodet, le père de Catherine. De son côté, Jean Priou cède aux Constantin deux petites pièces de pré.
En 1828 a encore lieu un échange entre les mêmes Constantin et Priou portant sur diverses parcelles. Il est souvent difficile de repérer avec exactitude les contours de ces parcelles et si précises que soient les descriptions, on se dit que seules les personnes du lieu et de l’époque en étaient capables. Voici par exemple comment est décrite l’une des parcelles cédées par Jean Priou : « Portion d’une pièce de terre en chaume, jardin et ruage2, à prendre au nord, appelé à Louche3, confrontant du nord et du levant à Priou, et encore du levant à Bourdier père, du midi au restant de la pièce non échangée, du couchant au ruage réservé au sieur Constantin. Cette portion de terre fait un angle au levant, elle a de largeur au couchant cent mètre, au milieu où a lieu le crochet même largeur, et au levant joignant le sieur Bourdier trois mètres un tiers, sur une longueur du levant au couchant à partir de l’entre deux du sieur Bourdier jusqu’aux ruages du sieur Constantin de 73 mètres ». Cet acte d’échange est en même temps l’occasion de supprimer des servitudes et droits de passage.
En décembre 1844, six mois après le décès de son mari Jacques, Catherine Génie Frichou achète à Jeanne Montigaud une parcelle d’un hectare et vingt et un ares, située à la Rente de Bodet4. Est déduit des 385 francs du prix de la vente la somme de « quarante-six francs cinquante centimes, à elle due par la veuve Bonnet et ses enfants, savoir seize francs pour traitement et médicaments administrés à ces derniers par ledit M. Constantin et trente francs cinquante centimes pour le prix de deux hectolitres trente litres de vin qui ont été reçus par la veuve Bonnet ainsi qu’elle le déclare ». François Bonnet est décédé en avril 1840, c’est donc quatre ans plus tard que cette petite dette est épongée ! En 1851, elle achètera à la même Jeanne Montigaud et à son fils François, une autre parcelle « à Mauricaud »5 d’un hectare et dix-huit ares. Il s’agit de la parcelle 431 de la section C du cadastre de Rioux-Martin. C’est l’une des premières références au cadastre que l’on trouve dans les actes notariés : le cadastre dit « napoléonien » pour Rioux-Martin a été achevé en 1836 mais il semble qu’il a fallu un certain temps pour que les notaires s’en servent dans leurs actes.
- l’illustration d’en-tête : médaille de comice agricole 1888 par Oscar Roty- Wikipedia. ↩︎
- Un ruage est un passage permettant d’accéder à un bien : maison, parcelle de terre, lavoir, etc. ↩︎
- Il doit s’agit des Ouches de Bodinot, sur la colline. ↩︎
- Dans les bois, largement au-delà de la Broue. ↩︎
- Près de la Rente à Bodet. ↩︎







