L’entrée à Moquet de la famille Nau

Photo : Adrien Nau et son épouse Marie Thomas

Marie Thomas, fille de Prosper Thomas et de Thérèse Zulmée Constantin, a épousé Adrien Nau en 1878 à Rioux-Martin. Ce sont d’abord, au XVIIe siècle, les familles Bodet et Fillatreau qui habitent Moquet ; puis après une brève intervention de Pierre Frichou, ce fut la famille Constantin puis Thomas. Comme depuis Marie Bodet, c’est toujours par les femmes que Moquet s’est transmis, il n’est pas étonnant qu’à chaque étape ou presque il y ait un changement de patronyme de la famille qui y reste. C’est donc le tour de la famille Nau.

Moquet est alors partagé entre les trois enfants de Prosper : Antonin, qui gère l’ensemble de l’exploitation agricole, Marie et Elodie. Ni Antonin décédé en 1931 ni Elodie décédée en 1924 n’ont eu de descendance ; Marie quant à elle meurt en 1936 mais elle est veuve d’Adrien mort à 56 ans en 1907. C’est Edouard, leur fils aîné, qui rachètera l’ensemble à ses oncles et tante et frères et sœurs.

Adrien est né en 1849 à Marsas en Gironde : son père Pierre Alexandre qui avait épousé Marie Bonnecaze, originaire de Marsas, était percepteur non loin de là à Cavignac. Mais la famille Nau est de Charente maritime, de Clérac plus exactement. C’est dans cette paroisse que nous voyons naître vers 1605 Guillaume, l’ancêtre le plus ancien que nous ayons trouvé, et qui semble avoir demeuré plutôt à Montguyon. Cette famille aura de nombreux descendants, mais d’autres Nau existent également à Clérac et à Cercoux, sans qu’aucun lien n’ait pu être trouvé en tout cas pour l’instant. Les Nau sont propriétaires terriens, ils ont exercé au gré des années et des branches les professions de meunier, marchand, notaire royal, maître chirurgien, officier, sergent royal… et s’ils ont parfois « émigré » à Cercoux ou Bédenac, ils ont essentiellement investi certains lieux-dits de Clérac : Réservat, et surtout pour notre branche Manon et les Bertrands, puis le château de l’Espie.

Cette famille a beaucoup compté dans l’histoire de Clérac et on pourra consulter pour en savoir plus le livre écrit par Jean Paul Grasset sur Clérac1: il y fait une grande place à cette famille et notamment à Jules Nau (voir plus pour Jules Nau) qui fut maire et conseiller général. Jules et Adrien sont des cousins issus de germains et tous les deux ont été orphelins très jeunes : Jules né en 1854 a perdu sa mère à l’âge de 4 ans et son père à 10 ans ; Adrien né en 1849 avait 6 mois quand son père est mort et 13 ans au décès de sa mère. La mémoire familiale retient que c’est Firmin Nau, un lointain cousin d’Adrien et de Jules qui s’est beaucoup occupé de ces deux orphelins. Ils étaient donc très proches, au-delà du lien généalogique, et une fille d’Adrien, Thérèse, héritera de Jules resté sans descendance (du moins légitime), j’en parlerai dans un autre article.

Adrien a une sœur aînée, Jeanne Amelia Berthe Orélie, qui épouse en 1865 à Marsas Jean Largeteau. Ce dernier est le père de Jean Jacques, et le grand-père d’Anselme Ixil qui épouse en 1919 Marie Louise Gauthier, « Tante Mimi » pour ceux de ma famille qui l’ont connue. Le monde est petit : on notera ici que la Tante Mimi est l’arrière-petite-fille du frère aîné de Prosper Thomas… une fille de ce couple, Annie Largeteau, a épousé Paul Delavallade dont un petit-fils, Xavier, a été l’élève de l’auteur de ces lignes !

Adrien Nau est « pharmacien de première classe » à Chalais. C’est un décret du 22 août 1854 qui officialise la distinction entre les deux classes de pharmacien. Celui de 1ère classe pouvait exercer sur tout le territoire national tandis que celui de 2ème classe était limité à l’exercice dans son département de réception. Pour être pharmacien de 1ère classe, il fallait être détenteur du baccalauréat ès sciences2, avoir trois années de pratiques en officine et trois autres années d’études en école supérieure, et passer enfin l’examen correspondant. Les pharmaciens de 2ème classe quant à eux n’avaient besoin que d’un certificat de grammaire et d’un examen de physique, chimie et histoire naturelle, ils devaient avoir soit quatre années de stage en officine et deux ans en école supérieure, soit six années de stage et un an en école supérieure. Un décret en 1878 égalise les formations des deux classes, mais sans aucun doute Adrien avait-il déjà terminé ses études car c’est en 1877 qu’il achète la pharmacie de Chalais.

Il a alors bientôt 28 ans et il est encore domicilié à Paris, au 27 de la rue des écoles : finit-il ses études ? ou travaille-t-il déjà dans une officine ? nous ne le savons pas. Toujours est-il que le pharmacien de Chalais, de 1ère classe lui aussi, Adrien Alexandre Legué, est décédé en novembre 1876 à l’âge de 48 ans et que la pharmacie est à vendre. Adrien l’achète en juin 1877 pour la somme de 18 000 francs, dont il paie 10 000 francs immédiatement, le reste étant à verser dans les cinq ans. C’est Jean-Jacques Nau, son oncle, qui se porte caution : frère de son père Pierre Alexandre, il est propriétaire aux Morillons à Cercoux. Précisons que l’achat ne porte que sur le fonds de commerce, non sur le bâtiment.

Presqu’un an plus tard, en avril 1878, il épouse Marie Thomas (Marie Aimée Victoire Eugénie). Où habitent-ils alors ? Moquet ? mais Adrien aurait dû alors faire tous les jours Moquet-Chalais à cheval ou en voiture à cheval ? ou bien louaient-ils la maison correspondante à la pharmacie ? voire une autre maison ? C’était probablement le cas, car en juin 1885, Adrien achète la maison au-dessus et à côté de la pharmacie : il est mentionné alors comme demeurant à Chalais et l’entrée en jouissance se fera le 1er septembre. Le prix de l’achat est fixé à 20 000 francs.

Adrien et Marie Thomas ont cinq enfants. Des jumeaux : Edouard, qui sera pharmacien comme son père, et Maurice, qui est mort accidentellement sous la roue de la charrette de son grand-père Prosper ; Jeanne (la « tante Jeanne »), René décédé en 1916 des suites de la grande guerre ; Thérèse enfin qui épousera son lointain cousin Georges Nau et habitera Clérac.

Ce hameau de Moquet, extrêmement morcelé au XVIIe siècle entre de multiples propriétaires, un peu moins au début du XVIIIe siècle sous l’action des Constantin et de Prosper Thomas, va désormais entrer dans des périodes de partages successifs et de regroupements parfois laborieux.

Pour visualiser sur Geneanet, c’est ici

  1. Jean Paul Grasset, Clérac commune de la lande saintongeaise, des origines à nos jours, éd. Le Passage des Heures, 2023. La photo de Jules Nau, Conseiller général, y figure en page de couverture. ↩︎
  2. Au tournant des années 1860-1870, à l’âge auquel Adrien a dû passer le Bac, c’est environ 5 000 jeunes seulement qui deviennent bacheliers chaque année. ↩︎

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