Jules Nau : une figure de Clérac

Jules Nau (1854-1924)1 constitue une figure marquante de Clérac2 et mérite qu’on s’y attarde un peu ici : même s’il n’est pas directement lié à Moquet, ses liens avec Adrien, sa femme Marie (Thomas) et leurs enfants étaient en effet très étroits, comme on va le voir.

Jules, tout comme Adrien (voir plus pour Adrien Nau), est un lointain descendant de Guillaume Nau (vers 1605-1640) mais il est inutile de remonter si loin pour chercher leur parenté : ils sont simplement cousins issus de germains.

Le grand-père de Jules : Gilbert (1790-1873) est d’abord grenadier dans le 3ème régiment de tirailleurs de la garde impériale au sein duquel il fait la campagne d’Allemagne en 1808-1809, puis comme caporal et sergent lors de la campagne d’Espagne en 1811-1812 où il est blessé. Il devient capitaine de Compagnie du 2ème corps de garde de la Charente Inférieure en 1813-1814, âgé de seulement 23 ans. En 1832, il est chef du Bataillon de la Garde Nationale pour le canton de Montguyon ; mais il exerce également la profession de percepteur à Cercoux entre 1814 et 1858. Son fils, Honoré, est receveur des contributions indirectes et on notera ici que le cousin d’Honoré, père d’Adrien, est percepteur à Cavignac…

Jules est orphelin dès son jeune âge : il a trois ans et demi quand meurt sa mère et dix ans au décès de son père. Il est envoyé comme pensionnaire au collège N.D. de Recouvrance à Pons, en même temps semble-t-il qu’Adrien qui y était également interne mais de quatre ans son aîné, orphelin très tôt lui aussi puisqu’il n’a pour ainsi dire pas connu son père mort quand il n’avait que six mois et qu’il a perdu sa mère quand il n’avait pas tout à fait treize ans. Ce sont donc deux cousins et deux orphelins qui se retrouvent au pensionnat, ce qui a manifestement forgé des liens qui sont restés forts et durables.

Jules n’a pas eu une adolescence heureuse puisque trois tuteurs se sont succédé. Le premier, son propre grand-père, se serait vu retirer sa tutelle, confiée ensuite à Firmin Nau, du Barail à Clérac, un cousin issu de germain. Mais celui-ci qui disposait d’une très bonne situation financière se retrouve ruiné, et la tutelle lui est retirée à lui aussi. Elle est enfin confiée à Ernest Gautret et cela va tout changer. Ce dernier est l’époux de Marie Thérèse Geneuil, cousine issue de germain ; il est distillateur et dispose lui aussi d’une situation très aisée, mais il meurt prématurément en 1872 à 48 ans, sans enfant, alors que Jules n’a encore que 18 ans.

Château de l’Espie à Clérac

Les liens entre Jules et cette famille Gautret étaient forts et sans doute cela lui a-t-il donné le goût des affaires dans lesquelles il se lance rapidement. Il achète 9 ha au lieu-dit l’Espie et y fait construire le corps principal du château qui existe encore et les bâtiments nécessaires à une exploitation, d’abord pour une laiterie puis rapidement pour la distillerie. En 1900, il fait construire les deux ailes du château pour loger les ouvriers travaillant sur l’exploitation. Faute d’eau en quantité suffisante, la distillerie sera déplacée à Teurlay au bord du Lary. Et dès après la grande guerre, il produit de l’électricité à Teurlay et alimente ainsi en courant le château, ses ailes et ses bâtiments d’exploitation. Il est également le premier à Clérac à avoir eu le téléphone ; l’un des premiers localement aussi à posséder une voiture : une Panhard.

Jules épouse en 1888 Marthe Delhuile de Moroville et ils n’auront pas d’enfant.

affichette électorale – collection privée Bernard Nau

Elu maire de Clérac en 1884 à 30 ans puis conseiller général du canton en 1895 jusqu’en 1919, sous l’étiquette radicale, il a notamment largement œuvré au fait que la ligne de chemin de fer passe par Clérac et non par Montguyon… ce qui lui vaudra bien sûr des accusations de favoritisme lors des élections suivantes, dont il sort cependant vainqueur. Durant la guerre de 14-18, il met à disposition sa maison du bourg de Clérac pour y accueillir les nombreux blessés.

Blessés et convalescents de la guerre, à Clérac – coll. Bernard Nau

Jules a sollicité Joseph Nau, qui n’est autre que le fils de Firmin, son second tuteur, pour venir le seconder pour gérer le domaine et l’entreprise. Mais il semble que cet attelage n’ait pas marché longtemps : selon les dires de Thérèse Nau (dont on va parler plus bas), parce que les deux femmes, de Jules d’une part et de Joseph d’autre part, ne s’entendaient pas, et tout autant parce que Joseph aurait été plus intéressé par la chasse que par le travail…  Mais pour en juger, il faudrait avoir pu auditionner toutes les parties ! Toujours est-il qu’il fait alors appel à Georges Nau.

Georges Nau est un lointain cousin3, très lointain même quant au nombre de degrés de parenté, mais pas si lointain quant à la proximité des relations familiales. Le père de Georges en effet, Eugène Henri4, est très lié à Adrien sensiblement du même âge : ils passaient souvent des vacances ensemble ; Eugène Henri et Adrien se sont ensuite retrouvés à Paris, le premier pour son service militaire et le second pour ses études de pharmacie. Et comme Adrien était également très lié à Jules, il n’est pas étonnant que ce dernier ait fait appel à Georges. Pas étonnant non plus que la fille d’Adrien, Thérèse, et le fils d’Eugène Henri, Georges, se soient rencontrés « et plus si affinités »… Thérèse était également la filleule de Jules.

Georges accepte donc la proposition de Jules à la condition que Thérèse soit d’accord pour venir à Clérac : ils étaient déjà fiancés. Ils se marient (en 1910) et le jeune couple s’installe au Château de l’Espie à Clérac. Ils auront quatre enfants : Anne Marie mariée à Marc Froin, directeur des pêches à Arcachon ; Adrien, marié à Ginette Arnaudin, notaire à Montguyon ; Jacques marié à Henriette Texier, distillateur à Teurlay ; Suzanne enfin mariée à Jean Roi, propriétaire et viticulteur à Guîtres, mort prématurément en 1976. C’est Suzanne qui reviendra ensuite habiter au château de Clérac avant de le vendre en 2002.

Cette branche des Nau est désormais absente de Clérac.


  1. Voir sur la généalogie : cliquer ici ↩︎
  2. Clérac est une commune limitrophe de Montguyon en Charente-Maritime et distante de Moquet d’une vingtaine de kms. Une étude de Jean-Claude Arrivé sur les chemins de fer dans le Sud Saintonge donne une biographie très fournie de Jules Nau. Il a bénéficié pour cela d’informations transmises par Suzanne Roi, la fille de Georges et Thérèse NAU, et par Bernard Nau, le fils de Jacques et petit-fils de Thérèse. On pourra lire également de Jean Paul Grasset : Clérac commune de la lande saintongeaise, des origines à nos jours, éd. Le Passage des Heures, 2023. La photo de Jules Nau, Conseiller général, y figure en page de couverture, et plusieurs pages sont consacrées à la famille Nau à Clérac. ↩︎
  3. Au 11ème degré selon le code civil, du 5ème au 6ème degré selon le droit canonique. Mais d’autres liens, plus éloignés encore, les rendent également cousins. Pour le code civil, on compte le nombre de degrés pour remonter de la première personne à l’ancêtre commun puis le nombre de degrés pour redescendre à la seconde personne. Dans le droit canon, on ne compte les degrés que dans un sens. ↩︎
  4. Il était meunier à Teurlay, tout comme son propre père. ↩︎

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