Rioux-Martin

La taille était, avant 1789, le principal impôt qu’il fallait répartir et collecter. Les Archives départementales de la Charente ont conservé pour la plupart des paroisses, le tableau des collecteurs de la taille choisis parmi les habitants. Pour Rioux-Martin, cela concerne les années 1762 à 1789 avec quelques lacunes. Comment désignait-on ces collecteurs ? comment cela fonctionnait-il ?

Pour l’année 1785, le tableau commence ainsi : « Tableau et recollement pour la nomination des collecteurs de la paroisse de la Ste Trinité de Rioux Martin pour l’année prochaine mil sept cent quatre-vingt-cinq pour faire l’amas des deniers royaux de ladite paroisse et les faire tenir au bureau de la recette de Barbezieux, divisé le dit tableau en quatre colonnes dont la première contiendra les plus cotisés, la seconde les médiocres, la troisième les moindres et la quatrième contiendra les exemptés, privilégiés septuagénaires et pauvres mendiants, donc pour passer en charge l’année prochaine mil sept cent quatre-vingt-cinq ».

La taille a été créée par les états généraux de 1439 pour permettre au Roi de lever une armée permanente (on est à la fin de la guerre de Cent Ans entre l’Angleterre et la France), elle est devenue jusqu’en 1789 et la Révolution française l’impôt principal – il y en eut rapidement d’autres… – que chaque foyer devait payer. En sont exemptés les nobles, car eux payaient « l’impôt du sang » en faisant la guerre, ainsi que le clergé ; les plus de soixante-dix ans et les personnes sans revenus ou presque en étaient également dispensés. Pour Rioux-Martin, sont exemptés pour 1785 le curé de la paroisse ainsi que le sacristain, et le sieur Dussouchet, escuyer. Ce dernier habitait la maison noble de la Curatrie1. Son ancêtre Jean Faure, sieur de la Curatrie, est capitaine d’infanterie, et différents descendants de ces familles alliées Faure et Dussouchet y habiteront jusqu’au début du XIXe siècle. Toujours pour cette année-là, trois septuagénaires seulement : Daniel Foucaud, François Bodet et Jean Dalon ; il est vrai qu’on ne vivait pas très vieux à l’époque et l’exemption des personnes de plus de soixante-dix ans ne devait pas coûter bien cher ! Enfin cinq « pauvres » ou « pauvres mendiants » sont mentionnés. Ils devaient être plus nombreux : pour 1774, le rédacteur indique six noms et ajoute « beaucoup d’autres » ; pour les années 1771, 1772 et 1773 il est même mentionné « une grande partie des autres habitants ».

Chaque habitant est normalement tenu de payer la taille, sauf s’il en est exempté. Et pour être sûr de n’oublier personne, chaque personne qui déménage est tenue de faire une déclaration de « translation de domicile », normalement enregistrée au greffe de l’Election (subdivision administrative, pour nous : Barbezieux). Ces registres n’existent malheureusement pas aux Archives de la Charente, mais on peut trouver mention de telles déclarations dans le registre du contrôle des actes lorsque cette déclaration est faire devant notaire. Ainsi par exemple, en date du 25 août 1709, Marie Viaud et Pierre Frichou déclarent transférer leur domicile de La Genétouze (probablement à la Maurine) à Rioux-Martin (probablement aux Ecossais où étaient déjà les parents Jacques Frichou et Clotilde Hamilton). Contrôle des actes 285b6

Archives de la Charente 2 C 14/22 contrôle des actes 1708-1712 vue 28

Le Roi fixait chaque année le montant global de la taille et celui-ci était réparti ensuite entre les Généralités (en gros les provinces) : la Rochelle pour ce qui nous concerne. Chaque Généralité répartissait à son tour le montant dû entre les élections (les subdivisions fiscales) : Barbezieux pour nous ; enfin une ventilation était faite entre les paroisses. Comme on l’a dit plus haut, trois collecteurs étaient désignés annuellement, à Rioux-Martin comme ailleurs, à l’issue de la messe du dimanche. Ce sont ces derniers qui fixaient le montant que devait payer chaque habitant imposable en fonction de leur richesse avouée ou supposée ! Les collecteurs changeant chaque année, ils n’avaient pas intérêt à trop exiger s’ils ne voulaient pas à leur tour être abusivement pressurés une année suivante, mais il leur fallait bien au total récupérer la somme totale fixée, car ils étaient responsables sur leurs propres deniers… On réalise aisément que cette responsabilité était plus source d’ennuis de voisinage que gage de sérénité ! Sur l’illustration qui suit, on voit ainsi que pour 1782 sont nommés Augustin Saint Loup, Jean Bodet dit Jacob et Michel Rullier. On lit en bas de page qu’est nommé syndic Jean Foucaud, charpentier du village de chez Moquet. Parmi les signatures, on distingue bien celle des deux notaires : Hillairet et Bourdier, plus élaborées et moins maladroites que les autres.

Archives de la Charente 7 C 249

En général, on désignait aussi les personnes pour les quelques années suivantes, mais manifestement certains devaient « se faire porter pâles » car ce ne sont plus les mêmes noms qu’on trouve ensuite… Et enfin, une fois tout cela accompli, ce procès-verbal de désignation se termine ainsi : « Fait clos et arrêté le présent tableau étant au-devant de la grande porte et principale entrée de l’église de la sainte trinité de Rioux-Martin  ce jour d’huy 1er août 1784 jour de saint dimanche à l’issue de messe paroissiale le peuple sortant d’entendre la sainte messe avec affluence en présence des principaux manants et habitants de ladite paroisse qui ont trouvé lesdits collecteurs nommés pour ladite année 1785 bons suffisants solvables et capables d’exercer la susdite charge, ceux qui savent signer ont signé approuvant la présente cote pour valoir ». Cette année-là, ont signé : Mauget, Mesnard, Baudin, Boilevin, Delapierre, Fillatraux (syndic), Ferrand, Pireau, Lavoie, Bodet.

Les choses ont bien changé depuis, la Révolution est passée par là, mais les impôts sont toujours là, bien entendu !


  1. Deux autres maisons nobles existaient à Rioux-Martin : La Feuilleterie, occupée jusqu’au milieu du XVIIe siècle par une branche de la famille Green de St Marseau qui possédait la seigneurie de Parcoul ; et la Faurie, propriété jusqu’en 1695 de la famille du Cladier. ↩︎