Rioux-Martin durant la grande guerre de 14-18

Les PV des conseils municipaux de cette période montrent les difficultés qu’il y a eu pour combler l’absence de bras dans les champs et les ateliers et parer aux diverses difficultés économiques. En revanche, ils ne témoignent pas des grandes souffrances que ce conflit a dû occasionner dans la population en raison des morts et des blessés que les familles ont déplorés ; ce n’était pas là le rôle du conseil municipal.

La première mention de la guerre date du conseil municipal du 13 août 1914 (la mobilisation générale a été décrétée le 2 août) ; depuis 1908, le maire est Antoine Thomas, de chez Moquet et Albert Tartarin est adjoint. Le préfet s’inquiète des insuffisances de main d’œuvre et propose « un supplément de bras ». Le conseil décline cette offre, car il constate que « les principales récoltes sont rentrées, que le dépiquage des blés et avoines est terminé, et que les travaux restant à faire peuvent être exécutés par les intéressés eux-mêmes ».

Il semble que les conséquences économiques n’aient pas été prégnantes durant les premières années du conflit, car le conseil municipal n’en fait pas mention d’une manière ou d’une autre. Sans doute chaque famille arrivait-elle « à faire avec » ou plutôt à faire sans le mari et les fils mobilisés. Mais le conflit durant, surtout à partir de l’année 17, la situation devient plus difficilement tenable.

Ainsi, en août de cette année-là, le conseil demande à l’autorité militaire « un sursis de quelques mois ou au moins une permission de longue durée pour l’ouvrier tonnelier Moreau Marcelin », car « les ouvriers tonneliers ayant été mobilisés, la futaille est en très mauvais état ». Les outils et véhicules agricoles souffrent également de la mobilisation du charron et le conseil fait la même demande de permission envers Gustave Delapierre. Cette demande sera d’ailleurs refusée et renouvelée un an plus tard.

Des wagons pour les veaux

 En novembre, le conseil demande au préfet d’intervenir, car « par suite du manque de wagons à bestiaux, l’embarquement des veaux n’est pas toujours possible les jours de foire et de quinzaine de Chalais ». En mars 1918, « le maire expose que depuis le début des hostilités, par suite de la mobilisation générale, il n’est resté dans la commune ni maçon, ni couvreur, ni charpentier. Aucune réparation n’a été effectuée depuis près de quatre ans aux bâtiments des exploitations agricoles. Quelques-uns menacent ruine : plusieurs toitures sont près de s’effondrer ».

PV des conseils municipaux 1908-1922 – registre de Rioux-Martin

Le pain rationné

Les difficultés concernent également l’alimentation. Les récoltes baissent (en 1919, la récolte de blé est en France au tiers de sa capacité), la pénurie engendre le marché noir et dès 1915, on envisage de rationner le pain. Ce n’est cependant qu’à partir d’août 17 que la farine et le pain seront rationnés. D’autres produits le seront également, comme la viande, le sucre, voire ici ou là le lait. En Charente, deux nouvelles circulaires préfectorales, en février et avril 1918, renforcent le rationnement et le conseil réagit. On peut citer ici plus longuement le PV du conseil d’avril 1918 : « S’il est de toute évidence que les circonstances actuelles imposent des restrictions, il faut reconnaître que chez les populations agricoles en général et dans la commune de Rioux-Martin en particulier, le pain constitue la base de l’alimentation et même dans les plus pauvres familles presque l’unique aliment ; il est bien établi que dans la localité, la consommation moyenne par tête et par jour est d’environ 1 kg, quantité plus de trois fois supérieure à la moyenne allouée. Si l’on considère que va s’ouvrir la période des durs travaux soutenus de 3 heures du matin à 10 et même 11 heures du soir, la ration de 400 grammes pour un adulte, 200 grammes pour un homme de plus de 60 ans, est évidemment insuffisante pour entretenir les forces. […] Or, les hommes de 19 à 48 ans étant aux armées, les femmes, les vieillards et les enfants les ont courageusement remplacés. Peu de terres sont restées en friches. Réduire ces travailleurs à la portion congrue serait une injustice qui répandrait le découragement. […] D’autre part, il est à prévoir que le rationnement exagéré des campagnes aura une répercussion fâcheuse sur l’alimentation des villes. Le cultivateur privé de pain cherchera un complément de nourriture dans les produits qu’il écoulait sur le marché : au lieu de pousser ses veaux jusqu’à trois et quatre mois, il les vendra à un mois et consommera le lait de ses vaches. Les œufs, les volailles seront également consommés à la campagne, il en résultera une raréfaction des vivres et une hausse considérable qui pourrait devenir un danger pour l’ordre public. » L’ordre public : voilà une façon de parler que peut comprendre un préfet !

Un charron débordé

À l’été 18, nouvelles demandes du conseil : la futaille et les véhicules agricoles se détériorent de plus en plus et la récolte ne pourra être rentrée. Le conseil demande une permission en faveur du tonnelier Eugène Vrillaud, qui sera refusée. Le conseil renouvelle sa demande d’août 17 concernant le charron Gustave Delapierre. Cette demande sera acceptée, mais pour un mois seulement : travaillant seul, il ne pourra réparer que cinq ou six charrettes, alors qu’il faudrait en réparer entre 40 et 50.

La guerre se termine le 11 novembre 1918, comme chacun sait. Mais les soldats ne rentrent pas immédiatement dans leurs foyers, loin s’en faut. En décembre 18, nouvelle demande pour le même Eugène Vrillaud, comme charpentier cette fois. Cette demande sera à nouveau refusée, « le ministre de la guerre ayant suspendu les sursis jusqu’à nouvel ordre » comme il est noté en marge du PV. En février 19, demande pour Jean Beaudou, maréchal-ferrant. Ce sera la dernière mention de la guerre dans ces registres.

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