Quelques métiers à Rioux-Martin dans la deuxième moitié du XIXe siècle
L’article1 qui suit se fonde pour l’essentiel sur les données des recensements successifs de la commune de Rioux-Martin, que l’on peut consulter sur internet pour les années 1841 à 1936, et des registres paroissiaux ou d’état civil, quand la profession est mentionnée. Les données de ces deux sources ne coïncident pas toujours. Deux raisons probables à cela : d’une part des changements de métier au cours de la vie, ce qui arrivait plus fréquemment qu’on ne le pense souvent ; d’autre part le fait que beaucoup pouvaient exercer deux métiers, notamment agriculteur et artisan ou commerçant ; et le recensement étant déclaratif, chacun pouvait déclarer l’activité qui lui paraissait la plus importante.
On peut comprendre cela à partir de l’exemple des aubergistes ou cabaretiers : le nom change avec l’époque (ou l’agent du recensement).
En 1794, Rioux-Martin comprend deux aubergistes : François Foucaud, 30 ans, qu’on trouve encore en fonction en 1813 comme cabaretier; et François Moreau, 28 ans qu’on retrouve encore en 1803, également comme cabaretier. En 1805, deux autres cabaretiers : Pierre Bayeux et Pierre Bodet. Aucune mention de ce métier jusqu’en 1841, année à laquelle on trouve Jean Mesnard. Il ne l’est plus en 1846, mais on trouve alors Pierre Rouzeau (46 ans) et Jean Foucaud (38 ans), et ce dernier est mentionné comme buraliste en 1861. Les deux sont beau-frères. Aucun cabaretier n’est mentionné sur le recensement de 1872 : Pierre Rouzeau est décédé en 1871, et son beau frère Jean Foucaud, âgé alors de 65 ans, est mentionné cette fois comme sabotier. En 1876, François Claireau (40 ans) est aubergiste à La Chagneraie, et on le retrouve mentionné comme cultivateur en 1881. Aucun cabaretier, buraliste ni aubergiste ne figurent sur les recensements suivants de 1886 et 1891 ; mais en 1901, Pierre Lombard officie au Haut du Bourg (c’est ainsi qu’il est mentionné comme témoin au mariage de Blaise Clairaud avec Marie Clairaud). Il est difficile d’imaginer que Rioux-Martin soit resté sans aubergiste ou cabaretier pendant une vingtaine d’années… il faut donc relativiser les données issues de telles sources.
Le métier le plus courant, on s’en doute, est celui de cultivateur. N’oublions pas qu’au milieu du XIXe siècle, les trois quarts de la population vivent en milieu rural et que si l’on n’est pas artisan ou commerçant, pour l’essentiel, on est cultivateur.
On pourrait penser que bien des métiers sont exercés de père en fils. C’est vrai pour certains, cela n’a rien de systématique.
À la fin du XVIIIe siècle, il semble que trois notaires exercent leur ministère à Rioux-Martin : Hillairet, Poirier et Michel Bourdier, décédé en 1783 à la Lande. Jean Michel Bourdier (1753-1832), son fils, s’installera comme notaire à La Feuilleterie, ainsi que le fils de ce dernier Jean Nicolas, né en 1783. Ce dernier était revenu à La Lande et a été maire de la commune depuis 1800 et ce jusqu’en 1846. C’est Jean Champagne qui a pris sa suite à la tête de la commune. Né en 1816, il habitait les Barriots et fut maire de la commune de 1846 à 1908, un record national ! En 1909, un nouveau notaire apparait : Eugène Bouyer (mais peut-être était-il installé avant cette date).
Autre exemple : les familles Saint-Loup et Chadefaud, meuniers au Moulin de Roche. On trouve un François Saint-Loup, né vers 1708 et décédé au Moulin de Roche en 1778. Augustin (1740-1782), peut-être son fils, est mentionné comme meunier sur son acte de sépulture. Jeanne, la fille d’un autre Augustin, a épousé Jean Chadefaud, meunier à son tour, ainsi que ses deux fils Pierre et Jean dit l’Argentonne, et que son petit fils Jean, décédé en 1891. Il ne semble pas que le moulin ait ensuite continué de tourner.
François Mesnard (1805-1867) est boucher, ses trois fils également : François dit Maximim, François dit Modeste et François dit Auguste, au moins jusqu’en 1896. Un autre fils, François Eugène fut boulanger au moins depuis 1872 (il a 24 ans) ainsi que son propre fils Jérôme Alphonse. Jean Vironneau a été également boucher, on le trouve sur les deux recensements de 1881 et 1886.

S’il suffisait d’un ou deux bouchers, boulangers, cabaretiers pour nourrir et abreuver la population de Rioux-Martin, il n’en va pas de même pour des métiers comme forgerons ou charpentiers : entre 1841 et 1891, on trouve entre quatre et huit charpentiers selon les années ; entre deux et cinq forgerons ; entre un et huit maçons ; entre un et huit scieurs de long ; des tailleurs de pierre, des tuiliers, des tisserands et cordonniers, etc.
En 1841, Jean Rabier est cité comme « meneur », ainsi que sa femme Françoise Coiffard et sa belle-mère Marguerite. Ce métier, car c’en était un, consistait à aller chercher des enfants trouvés aux hospices (en l’occurrence de Bordeaux et Angoulême) et de les confier à des nourrices. On trouve ainsi en 1841 à Rioux-Martin 57 « enfants de l’hospice », à rapporter à une population de 809 personnes, cela fait 7%. On en trouve encore 34 en 1846, 44 en 1861, 4 en 1872, 12 en 1876 et en 1881, 10 en 1886, 17 en 1891. Ils peuvent avoir juste quelques mois, mais certains se sont mariés sur place et ont fait souche. À partir de l’âge de 8 ou 9 ans, on les trouve mentionnés comme domestiques ou cultivateurs, mais sans doute était-ce le lot de bien des enfants de cet âge à cette époque, qu’ils soient venus ou non de l’hospice.

- Illustration d’en-tête : Paysans occupés à préparer le chanvre devant la porte d’une chaumière par Pierre Duval le Camus, musée d’Art et d’Histoire de Lisieux. ↩︎







