Jean CHAMPAGNE, maire de Rioux-Martin entre 1846 et 1908 : 62 ans de mandat et doyen des maires de France !
Jean Champagne a exercé durant 62 ans son mandat de maire de 1846 à 1908, année de sa mort alors qu’il était encore en fonction. On trouve dans la presse de l’époque, locale comme nationale, plusieurs mentions de ce mandat exceptionnel et de ce titre de doyen des maires de France, que d’autres maires d’ailleurs prétendaient détenir, mais à tort…1
Jean Champagne est né le 28 novembre 1816. Son père, Pierre, est propriétaire et agriculteur chez Bariot, et membre du Conseil municipal. Sa mère Françoise Delage, vient de Saint-Avit. Jean s’installe à La Chagneraie comme notaire au mois de mai 1844 et il tiendra son étude jusqu’à l’âge de 73 ans en août 1889 ; son fils Jean Joseph lui succèdera.
Le 26 juin 1846, le Conseil municipal est renouvelé. Le vote est encore censitaire à cette époque, c’est-à-dire que seuls les hommes de la commune payant un minimum d’impôts avaient le droit de voter. Rioux-Martin compte alors 760 habitants dont 228 hommes âgés de plus de 21 ans. Le PV de ce vote ne mentionne pas le nombre d’électeurs, mais indique que 32 électeurs seulement ont voté. Le taux de participation est probablement fort comme pour toute élection municipale, ce qui laisse penser que les habitants ayant le droit de voter ne représentent alors que de l’ordre de 20% des hommes. Le suffrage censitaire cèdera la place au suffrage masculin universel en 1848, mais deux ans plus tard de nouvelles conditions vont à nouveau réduire drastiquement le nombre d’électeurs. Il faudra attendre 1884 pour que l’élection au suffrage universel soit définitivement établi, en tout cas pour les hommes (et en 1945 pour les femmes).

Jean Champagne fait donc partie de ces électeurs et d’ailleurs, en tant que plus jeune électeur, il se retrouve au bureau de vote : il a alors 30 ans. Une fois élu, il doit comme tout nouvel élu, prêter serment : « Je jure fidélité au Roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume » (nous sommes alors sous la « monarchie de Juillet, Louis Philippe étant le roi de France).
À l’époque, si le conseil municipal est élu, le maire et l’adjoint sont désignés par le Préfet au sein de ce conseil : ce dernier a choisi pour cette responsabilité Jean Champagne, ce tout nouvel élu et presque encore jeune homme. Mais il est notaire, donc instruit : sans doute cela a-t-il fait la différence ! Et il succède comme maire à Jean-Nicolas Bourdier, notaire également. Jean-Eutrope Boitard, lui-même géomètre, est nommé adjoint. Jusqu’en 1884, maire et adjoints continuent d’être désignés par l’autorité supérieure, généralement le préfet.
Voilà donc Jean Champagne « installé » officiellement comme maire lors du conseil municipal du 4 octobre 1846. Il ne se doute pas sans doute qu’il est vraiment installé, et ce pour 62 ans ! En effet, il sera constamment réélu conseiller municipal, sans aucune discontinuité, jusqu’en 1908, et à chaque fois désigné maire ou élu maire selon le régime en vigueur. Sa dernière élection aura lieu en mai 1908, il a alors 92 ans : les PV des conseils municipaux de l’époque le montrent régulièrement présent aux réunions du Conseil, mais pas bien longtemps puisqu’il décède le 8 septembre de la même année. C’est Antoine Thomas, de chez Moquet, qui lui succèdera jusqu’en 1925 (il était déjà adjoint), et aura la responsabilité de gérer la commune dans la période difficile de la guerre de 1914-1918.
Monarchie de Juillet sous Louis-Philippe, deuxième République, second Empire sous Napoléon III, troisième République, vote censitaire puis scrutin universel, désignation puis élection du maire : Jean Champagne aura connu tout cela et traversé ces périodes en restant toujours fidèle à son poste.
Doyen des maires de France : un titre disputé
À l’occasion du scrutin de 1904, plusieurs titres de presse mentionnent le record de Jean Champagne. C’est le cas par exemple de La Lanterne, journal national satirique républicain, qui écrit dès le 24 mai 1904 : « On nous signale deux candidats à ce titre enviable [doyen des maires] : M. Sorzat de Cressensac (Lot) né en février 1811, qui a administré sa commune pendant vingt-deux ans et M. Champagne, de Rioux-Martin, dont on ne nous dit pas l’âge, mais qui est maire sans interruption depuis le mois de septembre 1846. Et M. Paradis, le maire de la Bégude de Mazenc, le village ou M. Loubet [président de la République de 1899 à 1806] va passer ses vacances ? Il était considéré jusqu’ici comme le doyen des maires, mais peut-être envisageait-on ses états de service et non son âge. »
Peu de temps après, le 1er juin 1904, le journal La Mayenne reprend cette information : « le plus vieux des maires est un Charentais, M. Champagne, maire de Rioux-Martin, maire sans interruption depuis septembre 1846. Il a deux années de plus d’exercice que le maire de la Bégude de Mazenc [Drôme], à qui beaucoup avaient décerné le brevet fort honorable, mais en somme pas très envié, de l’ancienneté ». Mais on pourrait citer également Le Figaro, La Libre Parole, La Patrie, Le Siècle, Le Temps, l’écho rochelais, l’écho Saintongeais, la Dépêche (Toulouse), Le Journal de Montélimar.

Le scrutin de 1908 est à nouveau l’occasion pour nombre de titres de presse de reparler de Rioux-Martin et de son maire. On trouve ainsi dans L’écho rochelais du 1er février 1908 l’entrefilet suivant : « Tout récemment, on a annoncé la mort, à l’âge de 89 ans, de M. Leduc, maire de Villiers-le-Sec (Seine et Oise) ; on a ajouté qu’il était le doyen des maires de France. Cela est inexact, car le doyen habite à Rioux-Martin. M. Champagne, maire de cette localité, prit l’écharpe pour la première fois en 1844, et depuis son mandat lui a toujours été renouvelé. Il y a donc soixante quatre ans, sans interruption, que M. Champagne administre la commune de Rioux-Martin. Il est âgé de quatre-vingt-douze ans et se porte admirablement bien ». Le journal L’écho de Paris reprend le lendemain cette même information (avec d’ailleurs la même erreur de date), mais encore La Croix, La Patrie, le Petit Journal, l’Indépendant de la Charente inférieure, d’autres encore.
Le décès de Jean Champagne, en septembre de la même année, ne fera certes pas la « Une » des journaux, mais sera largement repris par la presse. Le Figaro du 10 septembre 1908 écrit ainsi : « M. Champagne, maire de Rioux-Martin, vient de mourir. Âgé de 92 ans, il était le doyen des maires de France, et par l’âge et par la durée des fonctions, car il avait été élu pour la première fois en 1844. Quel scepticisme politique devait avoir acquis un magistrat qui avait vu quatre gouvernements se succéder et quatre bustes se remplacer sur la cheminée municipale ! » ; mais aussi Le Journal, l’Indépendant de Charente inférieure, le Phare de la Loire, l’Indépendant rémois, Le Petit Parisien, Le Progrès de la Somme, Le Petit Marseillais, La Croix, Le Petit Provençal, Le Temps, le Courrier de Saône-et-Loire, La Lanterne, Le Courrier de la Rochelle, Le Rappel, La République des Charentes, le XIXe siècle, L’écho saintongeais, Le Courrier de la Rochelle, le Journal de la ville de Saint-Quentin et de l’arrondissement.
Jean Champagne est inhumé à Rioux-Martin, dans le mur de l’église du vieux cimetière.
- Cet article a été publié, sous un format réduit, dans le journal communal de Rioux-Martin, : Echo de l’Argentonne août 2024. ↩︎







