Jacques Constantin et Catherine Frichou : une famille nombreuse à Moquet
Jacques Constantin et Catherine Génie Frichou se sont mariés le 7 octobre 1817 : Jacques, revenu des campagnes napoléoniennes où il exerçait comme chirurgien, peut s’installer à Moquet maintenant qu’il a son diplôme de docteur en médecine (en savoir plus). Un autre article de ce blog (voir ici) montre toutes les relations qu’il y avait à l’époque entre les familles Constantin, Bodet, Frichou : il n’est pas étonnant que Jacques ait fait la connaissance de Catherine Génie. Elle est la nièce de Catherine Bodet, épouse de Jean Constantin vétérinaire à Moquet et oncle de notre Jacques Constantin.
Le couple aura douze enfants, dont les quatre derniers sont décédés en bas âge. Et quatre seulement survivront au décès de leur mère, et encore dans ces quatre, Constance mourra un an et demi après sa mère. A une époque où tous les enfants s’appellent Jean ou Marie, le choix des prénoms de leurs enfants dénote manifestement…
- Pierre dit Sully, né en 1818, meurt à Moquet à 46 ans en 1865. Le 2 mai 1845, il est nommé « courrier à pied » à Luçon ; en 1853 il est mentionné comme témoin au mariage de sa sœur Thérèse Zulmée comme « commis à cheval des contributions indirectes », à Salles en Gironde ; il est ensuite receveur des contributions indirectes à Nantes puis à Chalais en fin de carrière. La mémoire familiale dit qu’il est décédé d’une congestion en vidant l’eau de la souillarde inondée, à Moquet.
- La seconde, Thérèse Zulmée, née en 1820 et décédée en 1886. Elle épouse Prosper Thomas, en 1853 et dans cette fratrie, c’est elle et son mari qui reprendront Moquet (en savoir plus).
- Lucien Numa, né en 1822. Il est décédé à Byans (près de Besançon) en 1848 pendant qu’il était militaire ; je cite ici l’acte de décès qui n’est pas commun : « lesquels nous ont déclaré qu’un individu à eux inconnu, de sexe masculin, paraissant âgé de vingt-sept ans, vêtu d’une capote d’infanterie de ligne portant le numéro soixante et dix et galonné sergent major, secondement d’un pantalon garance portant le numéro matricule deux mille six cent douze ainsi que le col noir et militaire qu’il portait, a été trouvé mort, le seize du courant à midi et demi sur le territoire de Byans, près du moulin de Reulot ; en suite es indices énoncés plus haut et des renseignements pris près le Monsieur le Colonel du soixante dixième de ligne en garnison à Besançon, nous nous sommes assurés que ce cadavre était celui de Lucien Numa Constantin, né à Rioux-Martin, département de la Charente, sergent major à la cinquième compagnie du troisième bataillon d’infanterie de ligne en garnison à Besançon » etc. La presse locale de l’époque n’a pas relaté cette macabre découverte et je n’en sais pas plus sur ce qui s’est passé (on pourra lire ici son acte de décès).
- Eugène Oscar, né le 31 décembre 1823 et décédé en 1889. Il était marchand drapier puis « marchand de nouveautés » à Angoulême. Il est notamment le grand père des « sœurs Blanchier » par sa fille Hélène, et du colonel Jean Charles par son fils Pierre Cassius Eugène. À noter que l’épouse de Jean Charles, Henriette, est la sœur d’Edgar Faure. Dans une étude qu’il a faite sur la famille Constantin, le colonel indique qu’il serait né courant 1823 mais que son père avait omis de faire la déclaration. Le maire, dont il était l’adjoint, avait alors accepté de le porter à l’état civil du 1er janvier 1824 mentionné comme né la veille…
- Jean Cassius Lor, né en 1824. Il est témoin au mariage de sa sœur Thérèse Zulmée et mentionné comme chirurgien à Saint-Ciers-La-Lande, aujourd’hui Saint-Ciers-sur-Gironde. Il y a retrouvé son cousin germain Pierre Hillairet de Boisféron, notaire et fils de Marie-Thérèse Frichou, la tante de Jean Cassius Lor. Il est à partir de 1860 médecin à Verteillac, où il décède en 1876.
- Jean Lucien Sylvain, appelé en famille Pierre Sylvain, né en 1827 et décédé à 41 ans à Nantes en 1868. Il est négociant en draperie, rouenneries et nouveautés. Le 24 décembre 1865, il fait son testament instituant légataire universel son frère Lor. Il parle de son père et de son frère Sully avec beaucoup de cœur, de sa mère qui vit encore avec vénération. Il laisse 1/10 de ses biens à sa sœur Thérèse-Zulmée, 1/10 aux enfants de celle-ci, 1/5 à sa sœur Constance, 3/5 à son légataire universel, plus quelques legs divers. Il ne mentionne nulle part son frère Jean-Eugène-Oscar. Jean-Lucien-Sylvain meurt rempli d’amertume le 3 décembre 1868, à 40 ans, sans que l’on connaisse les raisons de cet état d’esprit que nous révèlent les dernières lignes de son testament où l’on peut lire : « Enfin, je recommande mon bon chien, mon meilleur ami et mon plus fidèle ami, ce pauvre Tom que tout le monde aime tant quand si peu de gens ont aimé son maître !!! »

- Pierre Frédéric, né en 1829. Il est manifestement décédé très jeune, car il ne figure pas dans le recensement de 1841 ni dans les suivants. Le colonel fait état d’une tradition familiale selon laquelle il serait parti en Amérique sans que rien ne vienne étayer cela, malgré les recherches. L’hypothèse d’un décès en bas-âge reste donc la plus probable.
- Thérèse Eudoxie, en famille Constance, née en 1830 et décédée en 1872. Elle épouse son cousin germain étienne Hillairet de Boisferon. Ce dernier est en effet le fils de Jean Bernard et de Marie Thérèse Frichou, dont elle est elle-même la nièce. Anne Marie Froin raconte dans ses souvenirs : « Toute jeune fille, elle avait été désarçonnée et trainée par un cheval emballé et son père en désespoir de cause avait dû l’amputer du pied [et bien plus si l’on en juge par la prothèse]. Il connaissait le travail énergique et vigoureux. Elle se remit, se fit appareiller à Paris et grâce aux robes longues et amples de l’époque, fit très bonne figure dans le monde. Mariée à un Mr Hillairet de Boisferon, notaire à Saint Ciers la Lande [aujourd’hui Saint-Ciers-sur-Gironde], la pauvre Constance mourut en couches à 30 ans [à 41 ans en fait] ». Cette prothèse est toujours conservée à Moquet, attestant ainsi cette mémoire familiale.
- Jérôme Adolphe Horace, né en 1833 et décédé à 6 mois.
- Jérôme Narcisse Napoléon dit Anatole, né en 1835 et décédé le 3 octobre 1841 à 6 ans.
- Thérèse Marie, née en 1837 et décédée à 13 mois
- Thérèse, décédée à 7 mois : elle nait le 3 octobre 1841, c’est-à-dire le jour du décès de son frère.
Qui habite en 1841 au hameau de Moquet, y compris le Paillard de l’époque ? Le recensement y dénombre 60 personnes, Paillard compris. La population totale de Rioux-Martin est de 810 habitants. Moquet en représente donc environ 7,5 % et constitue le plus gros hameau hors le bourg et les écossais.

On y trouve bien entendu la famille Constantin et huit de leurs enfants. Pierre Sully a 23 ans et habite encore chez ses parents alors qu’on ne l’y trouvera plus dans le recensement de 1846, ce qui montre qu’il aura quitté à cette date le domicile familial. Thérèse Zulmée, surnommée Mélina en famille, habite elle aussi à Moquet qu’elle ne quittera pas jusqu’à son décès puisqu’elle s’y installe après son mariage avec Jean Prosper Thomas. à vrai dire, le couple habitera quelques temps à la Maurine à La Genétouze puis à Paillard comme cela est décrit par ailleurs. On retrouve logiquement les autres frères et sœurs, encore jeunes : Lucien Numa, 19 ans ; Jean Eugène Oscar, 18 ans ; Jean Cassius Lor, 17 ans ; Jean Lucien Sylvain dit Pierre, 14 ans ; Constance, 11 ans ; Jérôme Narcisse Napoléon dit Anatole, 6 ans. La dernière de cette grande fratrie, Thérèse, n’y figure pas encore : elle nait le 3 octobre 1841 et l’agent recenseur était sans doute passé avant. Pour cette même raison n’y figure pas non plus son frère Anatole, décédé le même jour, pas plus que l’avant-dernière fille, Thérèse Marie née en 1837 et décédée en 1738. Nous n’y trouvons pas non plus Pierre Frédéric, né en 1829 : probablement est-il décédé comme nous l’avons indiqué plus haut. Le recensement suivant en 1846 ne mentionne plus Pierre Sully, Lucien Numa, Eugène Oscar, Jean Cassius Lor, ni enfin Jean Lucien Sylvain, respectivement âgés de 28, 24, 23, 22 et 19. Ils étaient donc manifestement déjà partis vivre ailleurs leur vie d’adultes ! En plus des deux parents et des huit enfants, on trouve encore quatre domestiques : Jean Drilhon, Madagascar Léon, Pierre Patrave et Jacques Polase et deux servantes : Marie et Marie Pauline, sans nom de famille.
Ils vivent donc à 16 personnes en 1841 dans une petite moitié de l’actuel Moquet. Si on reporte le métré de son actuelle façade sur le cadastre napoléonien, Moquet est coupé en deux parcelles et la limite passe entre la porte et la fenêtre de la pièce d’entrée, soit sans doute au niveau de l’ancienne cloison. En gros, la partie Est (côté route) appartient aux Priou, la partie Ouest aux Constantin. François Vironneau possède semble-t-il l’actuelle souillarde et cave. Ce sont donc 44 autres personnes qui vivaient dans le hameau, c’est-à-dire dans le reste de la maison et dans les pièces d’habitation derrière Moquet et de l’autre côté de la route. Les pièces sont grandes mais pas si nombreuses que cela : on vivait sans aucun doute entassés les uns sur les autres, c’était un autre mode de vie, assurément.
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