Electrification, téléphone, aide sociale à Rioux-Martin entre 1906 et 1945

La lecture des registres du conseil municipal permet sinon de connaître la vie du village dans sa diversité et son quotidien, au moins d’en retracer quelques étapes importantes et d’en saisir quelques traits saillants. Le présent article évoque ainsi l’électrification de la commune mais aussi l’importance des aides sociales à cette époque.

L’aide sociale

La première chose qui saute aux yeux à la lecture de ces registres, c’est que neuf fois sur dix, on trouve à l’ordre du jour du conseil la question de ce qu’on appellerait aujourd’hui l’aide sociale. Un certain nombre de lois « sociales » ont été votées à la fin du 19e siècle et au début du 20ème et quatre concernent plus particulièrement les communes parce que les aides à verser sont à leur charge : en 1893, instauration d’une assistance médicale gratuite, puis en 1905, une aide pour les « vieillards, indigents et incurables », enfin en 1913, pour les femmes en couches et les familles nombreuses. Certes l’aide n’est pas très élevée, mais elle n’est pas négligeable non plus : en 1913 par exemple, elle se situe entre 5 et 8 francs mensuels par personne selon les cas ; à titre indicatif, le salaire mensuel du garde champêtre, cette même année, est de 17,50 francs. Il faut bien entendu être particulièrement dans le besoin pour justifier de ces diverses aides, et il arrive – assez rarement cependant – que le conseil refuse de l’accorder. On lit ainsi, dans un PV de 1920, que le conseil retire de la liste des vieillards assistés Mme X, car elle « a des enfants en mesure de l’assister », ou encore Mme Y parce qu’elle « a des enfants en mesure de l’assister, son mari paraît avoir des ressources » ; ou encore le refus de l’assistance médicale à M. Z : « doit pouvoir payer les soins médicaux et pharmaceutiques sur son salaire. Son patron est en mesure de lui venir en aide ».

Archives de la Charente

Une autre forme « d’aide sociale » consiste pour le conseil à donner un avis favorable à une demande de dispense sinon du service militaire, du moins des périodes d’exercice. Ces demandes sont assez nombreuses : pas moins d’une vingtaine par exemple entre 1901 et 1906. Rappelons que le service militaire durait 5 ans en 1872, 3 ans en 1889, et que s’y ajoutaient deux ou trois périodes d’exercice d’environ un mois chacune dans la dizaine d’années qui suivaient – cela pour ceux qui étaient tirés au sort car la conscription n’était pas universelle. On imagine aisément ce que pouvait signifier une telle absence pour une famille sans grand revenu. Ainsi A.M., né en 1872, doit exécuter une telle période en 1902, à l’âge de 30 ans. Le conseil émet un avis favorable à sa demande de dispense, car il a trois enfants dont l’aîné n’a que trois ans, « et que sa seule ressource pour payer son loyer, entretenir et nourrir sa femme et ses enfants, se trouve seulement dans les quelques bénéfices qu’il peut tirer de sa profession de boucher ». Même chose pour E.C., en raison de la faiblesse de ses ressources et « de l’état maladif et d’infirmité grave dont sa dite mère se trouve affligée (une paralysie entière du côté gauche) et encore l’isolement et la solitude du dit réclamant, qui est célibataire et seul avec sa dite mère » (conseil du 13 août 1902).

L’électrification de la commune

Parmi les dossiers et chantiers importants, on peut évidemment citer celui de l’électrification. C’est Lucien Vessière, maire depuis 1925, qui a lancé le projet ; et c’est Edgard Vessière, élu maire en 1929, qui les finalisera. La première mention de ce projet remonte au 14 octobre 1926 : le préfet a transmis aux communes une demande de concession par la société d’énergie électrique du Sud-Ouest pour les départements de la Gironde, de la Dordogne, du Lot et Garonne et des deux Charente. Avis favorable du conseil, on s’en doute, tant les campagnes attendaient cela. Mais il faut attendre trois ans pour que la question revienne à l’ordre du jour, les communes du canton de Chalais s’étant entre temps constituées en « association syndicale de génie rural » pour porter en commun ce lourd projet. Encore faut-il mieux en maîtriser les tenants et aboutissants, administratifs et financiers : « considérant qu’à notre époque, un pareil progrès s’impose non seulement pour les grandes agglomérations mais aussi pour les plus petits villages ; considérant que l’électricité par sa lumière apporte la gaité à la chaumière et par sa force facilite les travaux de la ferme » le conseil demande au préfet « la marche à suivre pour obtenir l’électrification de la commune » (CM du15 septembre 1929). On croit lire ici un extrait du document publicitaire de l’entreprise qui vend le projet ! Ce n’est qu’en septembre 1932 qu’est finalisé l’emprunt permettant la première tranche, une deuxième tranche sera votée en 1934.

Création d’une cabine téléphonique

Par ailleurs, au conseil du 1er septembre 1929, le maire obtient l’accord du conseil pour « la création d’un bureau téléphonique destiné à la relier [la commune]au bureau télégraphique de Chalais ». Là encore, ce n’est qu’en décembre 1931 que le crédit est voté. « La cabine sera installée chez Lombard Albert, receveur buraliste et débitant de tabac qui accepte moyennant une rétribution de 500 francs comme gérant de la cabine et de 100 francs pour la distribution des messages. »

C’est donc dans ces quelques années du tout début des années trente que la commune de Rioux-Martin est électrifiée et reliée au téléphone, au moins par une cabine publique.

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