Aurais-je eu un ancêtre aux galères ?

La Bruyère a écrit que « nous descendions tous d’un roi et d’un pendu ». Pour le roi, on cherchera ailleurs dans ce blog, mais pour le pendu, il semble bien que cela soit arrivé ou presque1.

Un peu par hasard mais pas tout à fait, voilà sur quoi je suis tombé sur le site des Archives nationales :

Ce Jean Lamaronnière serait-il mon ancêtre ? est-il bien vrai qu’il aurait fait sept ans de galère pour avoir volé des cochons ? En cherchant un peu plus, je constate que sa femme, Marie Blanc, a été condamnée elle aussi pour le même motif à trois ans de bannissement, et que tous les deux étaient également condamnés à être battus de verges et marqués au fer rouge. Et le jugement de première instance vient d’Angoulême : les choses se précisent…

Si je remonte mon ascendance Lamaronnière, je trouve bien un couple Jean Lamaronnière x Marie Blanc, marié en 1766 à Châtignac. Les dates sont cohérentes, et ce patronyme n’étant pas très répandu, il est donc fort probable que je descende d’un galérien… Ou plutôt que j’ai failli en descendre, car le Parlement de Paris qui à l’époque représentait l’instance d’appel d’un premier jugement les a déchargés de toute accusation et les a donc innocentés, ouf ! J’espère seulement pour eux que concernant le marquage au fer rouge, l’appel était suspensif !

Il fallait donc en savoir un peu plus et les Archives ont pu communiquer une copie numérique de ce jugement d’appel (merci Claire d’avoir fait le nécessaire). Jugement quelque peu décevant : il tient sur une page et demi dont plus de la moitié est consacrée à rappeler les éléments de première instance, et la suite énonce la décharge sans motiver en rien cette décision. C’est le résumé du plumitif qui indique qu’ils ont été acquittés au motif que s’ils avaient acheté des cochons volés, ils ne savaient pas qu’ils avaient été volés.

Il restait donc à en savoir plus sur le premier jugement, à Angoulême. On le trouve sous la cote 1 B 1099 1 aux Archives départementales de la Charente, et le dossier contient 72 pages ; on a donc une vue assez complète de l’affaire. Sa lecture est difficile, tant l’écriture du greffier est rapide et peu appliquée, mais pour l’essentiel l’ensemble est lisible.

Il serait trop long ici de tout résumer, mais on y trouve nombre de témoignages à charge (et un seul à décharge…), dressant du couple Lamaronnière le portrait de chapardeurs profitant de toute occasion pour s’accaparer le bien d’autrui ! Difficile de savoir ce qu’il en était en vérité et on ne reviendra pas évidemment sur l’autorité de la chose jugée ! mais soit le portrait est réaliste, et ce n’est pas brillant pour le couple ; soit c’est faux ou en tout cas très exagéré, et alors quelle ambiance dans le voisinage pour qu’il y ait eu autant de médisance : le couple n’attirait manifestement pas la bienveillance de l’entourage… On peut lire par exemple la déposition d’un certain Pierre Joussaume dont il est dit que Lamaronnière et lui se connaissent. Il déclare que « depuis que le dit Lamaronnière et Lemaitre sont dans la prison le fils dudit  Lamaronnière et qui peut avoir neuf ans serait venu chez lui qui dépose  et lui aurait dit que son père avait chez lui deux pistolets et deux poignards  qu’il portait habituellement la nuit quand il allait voler les voisins » …

Ils n’étaient pas seuls car un autre couple était également poursuivi pour les mêmes motifs. Ils ont d’abord été emprisonnés à la prison de Brossac, puis de Montmoreau et Angoulême, avant d’être transférés à la Conciergerie à Paris le temps de l’appel : Jean Lemaître dit Tillon, l’homme du deuxième couple, y est décédé avant le jugement d’appel. Il faut dire que les conditions ne devaient pas y être très confortables… Voici le texte du jugement de première instance : « nous avons déclaré lesdits Lamaronnière et Lemaitre duement atteints et convaincus d’avoir été trouvés nantis des quatre cochons du vol desquels il s’agit et véhémentement suspects d’avoir accompli et commis ledit vol ainsi que celui des poules dindes dont il est également question, comme aussi ledit Lamaronnière suspect des vols d’une ânesse, d’une couverture, d’un drap de lit, d’une pelle, de cordes et d’un instrument de charrue également mentionnés pour réparation de quoy les avons condamnés à être battus et fustigés nuds [nus] de verges par l’exécuteur de la haute justice à tous les coins et carrefours accoutumés de la présente ville et l’un d’iceux flétri sur l’épaule droite des lettres G. A. L., ce fait conduit en galère du roy pour y servir en qualité de forçat, scavoir ledit Lamaronnière pendant sept ans et ledit Lemaitre pendant trois ans. En ce qui concerne Marie Le Blanc femme Lamaronnière, l’avons déclarée suspecte de la connaissance des vols dont son mari est prévenu et de les avoir favorisés, pour réparation l’avons condamnée à être battue et fustigée nue de verges par ledit exécuteur aux coins et carrefours accoutumés de la présente ville et à l’un d’iceux flétrie d’un fer chaud en forme de la lettre V. sur l’épaule droite. Ce fait l’avons bannie pour trois ans du ressort de notre sénéchaussée, lui enjoignant de garder son ban sous les peines portées par les ordonnances et à l’égard de laditte Besson femme Lemaitre l’avons mise hors de cause sur les accusations contre elle intentées. Fait et arresté en la chambre ordinaire du conseil de la sénéchaussée et siège présidial d’Angoumois, à Angoulême le 5 septembre mil sept cent soixante dix-huit. »

Pour visualiser sur Geneanet : c’est ici

  1. Illustration d’en-tête : embarquement des galériens dans le port de Gênes, Magnasco dit Il Lissandro, Musée des Beaux-Arts de Bordeaux ↩︎

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