L’arpentement de 1661 : qui cultive chez Moquet ?
illustration : la moisson, Pissaro, 1882
La mention la plus ancienne que j’ai trouvée du lieu-dit Moquet remonte à 1638. Il s’agit en fait de la copie réalisée le 24 août 1763, « ni augmentée ni diminuée » d’un « relevé d’arpentement1 » mentionnant les diverses personnes cultivant des parcelles dans le « village des Mocquet » et ce qu’elles doivent au titre de la rente (qui permet de disposer d’un bien contre une rente, l’équivalent donc d’une location ou d’un fermage). Ce relevé initial date du 20 avril 1661 et fait mention d’une lettre de reconnaissance en date du 5 mai 1638.
Ce relevé liste les personnes cultivant des terres dans ce « village des Mocquets », et non pas ceux qui y habitent, et on peut cultiver une terre sans habiter sur place. Symétriquement, on constate que sont décédées à Moquet dans cette période des personnes qui ne figurent pas dans le relevé.
Ce sont trente et une personnes qui cultivent des parcelles dans le village de Moquet, si l’on en croit ce relevé, pour un total qui avoisine quatre-vingt-dix journaux, soit une trentaine d’hectares. On y trouve notamment un René Bodet, mon ancêtre, et cinq Dalanson, dont Pierre l’aîné et Pierre le jeune, sans doute des beaux-frères de René qui a épousé en 1655 une Guillemette Dalanson. On notera ici que les patronymes Dalanson, Bodet, Fillatreau sont particulièrement fréquents à cette époque, non seulement à Rioux-Martin, mais aussi par ex. à Médillac, Saint-Avit, La Genétouze. René Bodet ne cultive qu’une petite parcelle à Moquet (un journal trois carreaux, soit un gros tiers d’hectare), mais les Dalanson réunis y cultivent un peu plus de 23 journaux, soit autour de 8 ha. Si on enlève les 12 journaux d’un Monsieur de La Garde et les 24 d’un Monsieur Des Moulières, qui étaient manifestement des propriétaires non cultivateurs, les Dalanson cultivent environ la moitié des terres répertoriées ; on peut donc penser que c’était eux qui habitaient principalement le lieu.
C’est un total de quarante boisseaux de froment, autant d’avoine, huit chapons, ainsi que trois livres et dix sols qui sont dus à titre de rente au prince de Chalais, et qu’il faut répartir entre chacun au prorata de la surface cultivée. Notre René Bodet doit ainsi s’acquitter de « trois picotins [un picotin fait le quart d’un boisseau] et demy et un douzième de picotin, autant avoine, la douzième partie d’un chapon, argent sept deniers ».


Archives de la Charente : 23 J 86, extraits
- l’arpentement consiste à mesurer un terrain (du terme arpent, unité de mesure) ↩︎





