Mais où habite le couple Thomas-Constantin ?

Mariés en 1853, ayant prévu d’habiter Moquet, on ne les y retrouve pourtant pas au recensement suivant, mais ils y sont de retour vingt ans plus tard… où sont-ils donc passés ?

A partir de 1817, année de leur mariage, Jacques Constantin et Catherine Génie Frichou possèdent et occupent une bonne partie de Moquet. Jacques décède en 1844, après avoir eu 12 enfants avec Catherine, dont seuls les huit premiers arriveront à l’âge adulte (voir par ailleurs les Constantin à Rioux-Martin)

Leur deuxième enfant, Thérèse Zulmée, épouse à Rioux-Martin en 1853 Jean Prosper Thomas. Et voilà qu’à nouveau Moquet change de patronyme à sa tête. Enfin, pas tout de suite, car Catherine Frichou est encore là, elle le sera jusqu’à sa mort en 1870, et manifestement elle est encore bien là…

Prosper Thomas, né en 1821, vient d’une famille de Salles Lavalette ; marié à 22 ans le 28 novembre 1843 à Jeanne Victorine Bigneau, il devient veuf un an plus tard. Il ne semble pas qu’il y ait eu de descendance de son premier mariage. Il revient alors vivre chez ses parents : « chez Favard » à Salles, où il se trouve lors du recensement de 1851. Il y est mentionné comme étudiant, alors qu’il a déjà trente ans. Il était manifestement très instruit pour l’époque : des livres de latin et de grec ont été retrouvés à son nom à Moquet. Ensemble, ils auront quatre enfants : Antoine Arnaud, « l’oncle Antonin » (1854-1931), Marie Victoire Eugénie (1857-1936), qui épousera Adrien Nau, pharmacien à Chalais, et Anne Elodie (1859-1924) qui épousera Pierre Desbordes, notaire à Aubeterre. Un quatrième enfant est mort-né en 1862.

Sur la photo en-tête de cet article, on peut reconnaître de gauche à droite, sur la rangée du haut : Adrien Nau l’époux de Marie, Antonin Thomas, Eudoxie Roux son épouse, Pierre Debordes l »époux d’Elodie ; sur la rangé du milieu : Marie Thomas, Prosper Thomas et sa femme Thérèse Zulmée, Elodie ; enfin, sur la rangée du bas, les enfants de Marie et d’Adrien : Jeanne, René et Edouard. On peut dater cette photo entre 1884 et 1891.

Logiquement, ils auraient dû habiter Moquet : c’est en effet ce que prévoit leur contrat de mariage. Il stipule que « les futurs époux feront leur demeure et résidence dans la maison de Madame Catherine Frichou, leur mère et future belle-mère, avec la faculté à cette dernière de faire cesser cette cohabitation quand bon lui semblera sans qu’il puisse lui être fait à cet égard aucune réclamation…  »

Archives de la Charente 3 E 19115

On ne les retrouve pourtant pas à Moquet sur le recensement de Rioux-Martin en 1861 : pas étonnant, car ils sont domiciliés à ce moment-là à la Genétouze, au hameau de la Maurine. Ce hameau a été le berceau de la famille Frichou, puisque d’après R. Picquot, c’est Jean Frichou (né vers 1661), le fils de John et Clotilde Hamilton qui s’y seraient installés en premier. Notons cependant que c’est ce même Jean qui achète avec son frère Charles la propriété de la Faurie à Rioux-Martin. Leur fils Pierre est mentionné dans son acte de mariage « sieur de la Maurine », et les Frichou y resteront durant de très longues années. C’est là que vécurent les grands parents de Thérèse Zulmée : Pierre Frichou et Marie Bodet, et cette dernière y est décédée en 1803. Sans doute Moquet était-il trop petit pour loger un nouveau foyer, peut-être le nouveau couple voulait-il s’éloigner un peu d’une Catherine Frichou sans doute assez autoritaire ?

Le 6 juin 1860, un certain Jean Priou1 vend Paillard à François Mesnard père, cultivateur et boucher : « un corps de bâtiment composé de deux pièces d’habitation, une grange, une étable et un chai, avec la terre en ruages2, aireaux, jardin en labour et pré au midi, au couchant et au Nord-Ouest deux bâtiments, le tout contigu, situé chez Paillard », et quelques parcelles : notamment ce qui entoure Paillard et les champs qui descendent de Paillard vers le Riou de Badou d’un côté et la route de Rioux-Martin au nord. Le tout se monte à la somme de 3 120 francs, dont 1 500 francs payables dans le mois et le reste dans les 15 mois. Et le 6 novembre 1861, alors qu’il n’a pas encore fini de payer ce qu’il doit à Jean Priou, François Mesnard vent Paillard à Prosper Thomas exactement le même bien qu’il a acheté si peu de temps avant, pour une somme de 3 200 francs cette fois. Le bâtiment est habité par un nommé Duranton, qui devra partir avant le 15 novembre, pour un acte signé le 6 novembre : on ne s’embarrassait pas avec les locataires à l’époque ! Prosper Thomas paie comptant ce qui permet au vendeur de rembourser ce qu’il devait encore à Jean Priou.

Quels étaient les revenus de Prosper Thomas ? On ne sait pas trop mais on peut penser qu’il n’était pas dans le besoin. Son père est propriétaire et maire de Salles-Lavalette, son grand-père était marchand. Et alors qu’il n’est pas encore propriétaire de Moquet et a priori ne touche pas les revenus de l’exploitation, il a prêté en 1858 la somme de 500 francs au même Jean Priou de Paillard, qui du coup peut lui rembourser sa dette après que Mesnard l’ait payé. On voit aussi qu’en 1864, il prête 250 francs aux époux Jude, et peut-être d’autres prêts ont-ils été faits dont nous n’avons pas la trace : ce ne sont sans doute pas de grosses sommes, mais cela montre qu’on savait qu’il avait des liquidités et qu’il pouvait prêter.

Prosper va donc faire construire l’actuelle maison de Paillard ajoutée en équerre à l’ancienne (la cuisine actuelle englobant manifestement une pièce faisant partie de l’ancienne maison). En 1866, il démolit une maison sur la parcelle B 40, c’est-à-dire un petit bâtiment qui existait en gros à la droite du cèdre derrière le petit chai ; en 1868 il agrandit la maison sur la parcelle B30, c’est-à-dire la grande maison actuelle3. Maison moderne pour l’époque et plus confortable dans laquelle il viendra habiter, et on l’y trouve en effet dans le recensement de 1872, le lieu-dit Paillard s’appelant désormais « Petit Chauvet » avant de redevenir Paillard par la suite. C’est là qu’il est également domicilié dans l’acte de succession Constantin en 1872. Dans la mesure où sur le recensement de 1876, Prosper et sa famille sont de nouveau à Moquet, on peut penser qu’il a fini d’en acquérir l’intégralité. Moquet serait-il devenu plus confortable ? Ou bien ne voulait-il pas vivre avec sa belle-mère, et celle-ci disparue (en 1870) pouvait-il revenir à Moquet ? On ne le saura sans doute jamais…


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  1. Il possédait également la partie Est de Moquet, le long de la route. ↩︎
  2. Ruage : passage, chemin permettant d’accéder à un lieu ↩︎
  3. AD 16 : 3 PPROV 303/3 – Liste alphabétique et folios 1-440. 1838-1914, matrice cadastrale, état des augmentations et diminutions, vue 6 ↩︎

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