Les Frichou à Rioux-Martin

Nous n’avons rien de certain sur les origines de la famille Frichou. Nous savons seulement que vers 1654, Jacques Frichou épouse Clotilde de Turnia Hamilton. Cette dernière est la fille de James de Turnia Hamilton, né vers 1580 en Ecosse et décédé vers 1656. Il est pasteur et il est venu en France, d’abord à Ozillac près de Montendre où il épouse en 1615 Déborah Pillet. Les lettres patentes qu’il se fit faire par le roi d’Angleterre de l’époque, par l’intermédiaire d’un cousin présent à la cour, en donnent la généalogie.

J’ai pu accéder à une étude d’Yves Delagénière, lointain descendant de Bernard, le frère de mon ancêtre Pierre Frichou. Il indique ceci : « Les Frichou assurent que leurs origines sont écossaises, comme celles des Hamilton auxquels ils se sont alliés. Après consultation de la Société Royale d’Édimbourg, l’exactitude de la généalogie produite par J. Hamilton, le pasteur protestant venu en France vers 1600, est confirmée [au moins jusqu’à la 4ème génération, ce qui précède est moins certain]. Les orthographes y sont très fantaisistes… mais celui-ci a bien sa place dans la branche cadette des Hamilton. Par contre, il n’y aurait aucune trace de Frichou ni Freschow en Ecosse ».

D’après Raymond Picquot, qui a beaucoup étudié la famille Frichou, cette dernière aurait pu résider aux environs de Chalais, et le jeune couple Jacques Frichou et Clotilde Hamilton est venu s’installer à Rioux-Martin dans ce qui s’est appelé depuis le hameau des Ecossais. On trouve d’ailleurs trace de plusieurs Frichou dans le registre protestant de Chalais, en tout cas pour la partie encore conservée aux Archives départementales de la Charente qui couvre les années 1666 à 1776.

En 1695, deux enfants de Jacques Frichou et Clotilde Hamilton, Jean et Charles, achètent la Faurie (ou au moins une partie) à Messire Gaston du Cladier écuyer sieur de la Faurie : « Jean et Charles Frichoux, frères marchands habitants savoir ledit Jean de la paroisse de la Genétouze et ledit Charles de la paroisse de Bazac ». Ils achètent « la métairie audit sieur de la Faurie appartements appelés la Faurie en ladite paroisse de Rioux Martin consistant en maisons, fournière, écurie, grange, apaud, héraux, jardin chénevard, terres labourables et non labourables, prés, bois et autres domaines sans aucune exception ni réserves ». La vente se fait au prix de 2 600 livres « de laquelle ils en ont payé comptant audit sieur vendeur la somme de onze cents livres, savoir cent livres en louis d’argent de trois livres douze sols pièce et aut bonne monnaie qui la compose qu’il a prinze serrée et emboursée, dont il s’en est contenté et les mille livres restantes desdites onze cents livres en la livrance d’un cheval de poil noir en tous ses crins avec son harnais presque neuf estimé entre les parties à ladite somme de mille livres, dont les sieurs de la Faurie s’en est aussi contenté et les quinze cents livres restantes du prix de ladite vente les dits sieurs Frichou ont promis et seront tenus conjointement, solidairement […]» de payer dans les trois ans.

Archives de la Charente E 509

Charles Frichou décède en 1702, laissant plusieurs enfants mineurs dont la tutelle est d’abord exercée par son frère Jean puis par sa fille aînée Marie. Un jugement de 1714 intenté par un certain nombre de créanciers contre les ayants-droits de Charles montre que ce dernier avait laissé quelques milliers de livres de dettes…

La famille Frichou était manifestement elle aussi protestante, membre de la « RPR » (Religion Prétendue Réformée) comme le disaient les catholiques… Les nombreuses mentions de cette famille dans les registres protestants de Chalais, évoquées plus haut, en témoignent même s’il n’est pas toujours possible de faire le lien avec la branche dont il s’agit ici. Lorsque Pierre Frichou dit Dufort, un petit-fils de celui qui a acheté la Faurie, s’est converti au catholicisme, ses deux tantes célibataires l’ont déshérité pour cette raison(pour en savoir plus). Dans les souvenirs de sa grand-mère qu’elle relate, Anne Marie Froin indique que cette famille était une famille catholique émigrée d’Angleterre, pays devenu protestant. Ce n’est manifestement pas le cas. Sans doute ma trisaïeule, Marie Thomas, à l’origine du récit d’Anne-Marie, préférait-elle les savoir catholiques persécutés ?…

Anne Marie Froin fait état également d’une activité de tisserand à Moquet, les Frichou y ayant développé cette industrie. Cela reste à établir, car si Pierre Frichou a bien épousé une Marie Bodet de Moquet, ils ont ensuite habité à La Morine, à La Genétouze où est d’ailleurs décédée Marie Bodet. Moquet est plus la maison des Bodet puis des Constantin que des Frichou, comme il est dit plus haut.

Il n’en reste pas moins que le lien entre les Frichou et Rioux-Martin est plus ancien et plus large que le mariage de Pierre Frichou et de Marie Bodet. On a déjà noté l’achat de la propriété de La Faurie en 1695 par les deux frères Charles et Jean Frichou, petits fils du pasteur James Hamilton. On trouve sur l’acte de baptême en 1737 à Rioux-Martin d’un certain Pierre Duché la signature d’un Pierre Frichou, parrain, et d’un autre Frichou. Ce doit être probablement celle de Pierre, fils de Jean et neveu de Charles, époux de Jeanne Broussard, ainsi que celle de son fils, Pierre également et époux de Marie Thérèse Moure. Quant à La Faurie, elle n’a jamais quitté la famille. Bernard Frichou (1752-1836), notaire à la Genétouze, frère aîné de mon ancêtre Pierre (époux Bodet), possédait une partie importante de cette propriété. Sa fille, Marie Thérèse épousera son cousin germain François Ribéreau Lestang, né à Rioux-Martin ; la fille de ces derniers épousera Jean Joseph Lajeunie, dont une fille épousera Jean Champagne, notaire à Rioux-Martin et très longtemps maire de la commune ; une autre fille épousera Edouard Warin (1837-1941), architecte du diocèse d’Angoulême et qui a construit l’actuel clocher de l’église1. C’est un de ses descendants qui habite toujours la maison de la Faurie.

La sœur de Bernard et de Pierre, Marie Thérèse (1759-1800), épouse en 1781 Jean Ribéreau Lestang. Jean est le fils de Jean Ribéreau, notaire, juge civil et criminel de Cressac. L’acte de mariage indique que les bans ont été publiés bien entendu à La Génétouze dont est originaire la mariée, mais aussi à Boscamnant et à St Félix, ce qui donne une indication sans doute des demeures du côté du marié. Sont notamment présents au mariage Jacques Philippe Frichou de la Maurine, avocat au Parlement, conseiller et procureur du Roy à l’élection de Barbezieux : c’est le frère aîné de la mariée ; François Lafaye, avocat au Parlement ; Jean Gabriel Moure, escuyer, garde du Roy et chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint Louis : c’est l’oncle de la mariée ; Jacques Philippe Moure, major d’infanterie, autre oncle. Le couple s’installe à Rioux-Martin où naissent leurs quatre enfants, et ils habitent probablement à la Faurie ; c’est là en tout cas que l’on trouvera leur descendance.

On voit donc que la famille Frichou nourrit de nombreux liens avec Rioux-Martin et qu’il n’est pas étonnant que Pierre Frichou ait épousé Marie Bodet. Notons cependant que si pour moi ce couple est important puisque j’en descends directement, il n’a pas vécu à Moquet mais à la propriété de la Morine, à La Genétouze. Notons également que Marie Bodet est décédée en 1803 à trente-trois ans, après avoir eu dix enfants. Pierre Frichou se remariera quatre ans plus tard avec Marie Condemine, le 9 février 1807, mais cette dernière décèdera une quinzaine de jours plus tard, le 25 février ! Pierre se remariera une troisième fois cinq ans plus tard en 1812 avec Marie Régnier et ils auront deux enfants : Marie Nancy et Jean Auguste. La famille Legendre à Saint Aigulin descend de ce dernier. Pierre Frichou est propriétaire agriculteur et ne fait pas vraiment partie des pauvres : lors du partage faisant suite à son décès en 1844, outre douze cent francs de mobilier, une obligation de deux mille six-cents six francs et quelques créances plus ou moins fragiles, ses biens consistent dans plusieurs immeubles dans la commune de Galgon (Gironde), une propriété à Bernier, Saint Aigulin, et comportant des terres à Médillac et à la Genétouze, le domaine de Beaulieu à Parcoul avec les bâtiments et terres et la métairie de la Pinière qui en dépendent.

Pour visualiser sur Geneanet, c’est ici

  1. On trouvera une étude très détaillée sur Edouard Warin et ses réalisations sur le blog de Claude Peynaud ↩︎

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